Rencontre avec ...
Maria et Albano Da Souza
Le Portugal dans le sang & les Mauges dans le cœur
Maria et Albano Da Souza sont arrivés du Portugal en 1970, avec pour seuls bagages leur jeunesse, leur courage et l’envie de construire une vie meilleure. Plus d’un demi-siècle plus tard, le couple n’a rien oublié de ses racines, mais c’est bien à Villedieu-la-Blouère qu’il a bâti sa vie. Une famille, une maison façonnée de leurs mains et un extraordinaire jardin où poussent citronniers, orangers, mandariniers et autres agrumes… comme un petit morceau de Portugal qui aurait pris racine au cœur des Mauges !
LE MAG | Pouvez-vous nous raconter votre incroyable histoire et votre arrivée dans les Mauges ?
Albano | J’avais 19 ans et je devais partir faire mon service militaire en Afrique, pendant la guerre dans les colonies portugaises. J’ai préféré fuir le pays, en passant la frontière et faire le voyage à pied, en car et en train, avant d’arriver en France en janvier 1970. Maria m’a rejoint quelques mois plus tard.
Maria | Nous sommes arrivés sans rien : pas d’argent, très peu de vêtements. À Saint-Germain-sur-Moine, une famille nous a accueillis dans un hangar. Il m’arrivait de laver mes vêtements le soir pour les remettre encore humides le lendemain. Mais nous avons aussi rencontré des personnes exceptionnelles. Certaines nous ont hébergés, prêtés de l’argent, accompagnés chez le médecin… Deux dames qui allaient au marché à Montfaucon nous rapportaient même des sardines chaque mardi. Rien que d’y repenser, j’ai encore les larmes aux yeux.
LE MAG | Comment avez-vous construit votre vie à Villedieu-la-Blouère ?
M | Grâce au travail et à notre envie de construire une nouvelle vie. Après un an à Saint-Germain-sur-Moine, nous nous sommes installés à Villedieu-la-Blouère. J’ai travaillé dans la chaussure pendant de nombreuses années. Nous avons eu deux filles, Élisabeth et Martine, restées vivre près de chez nous. Aujourd’hui, je suis la plus heureuse des mamies. Nous avons cinq petits-enfants et deux arrière petits-enfants.
A | J’étais menuisier de métier. À mon arrivée, j’ai été maçon quelques mois, puis dans la chaussure, avant de retrouver le travail du bois. J’ai passé près de 35 ans dans la même entreprise. Le travail a toujours compté dans notre vie. Même à la retraite, je ne sais pas rester sans rien faire !
LE MAG | Cette maison raconte elle aussi une grande partie de votre histoire ?
A | Nous l’avons achetée en 1986 et elle ne ressemblait pas du tout à ce qu’elle est aujourd’hui. Petit à petit, nous avons tout aménagé, souvent de nos mains. Aujourd’hui encore, je travaille le bois dans mon atelier et je fabrique des meubles pour la famille.
M | À l’extérieur, c’est pareil ! Nous entretenons tout nous-mêmes. Moi, j’aime tailler, m’occuper des fleurs et du jardin. Cette maison, c’est un peu notre vie : elle s’est construite et transformée avec nous, au fil des années, avec des petits morceaux du Portugal que l’on retrouve un peu partout…
LE MAG | Justement, comment des agrumes portugais se sont-ils retrouvés dans votre jardin ?
A | Dans les années 1980, j’ai rapporté du Portugal un premier citronnier. Il est toujours là ! Ensuite, j’ai ramené d’autres plants et cherché à les reproduire. Un jour, j’ai coupé une branche de citronnier, je l’ai mise en terre… et ça a marché ! Alors j’ai continué.
M | Aujourd’hui, nous avons des citronniers, orangers, clémentiniers, mandariniers, pamplemousses, mais aussi des kakis… Albano adore expérimenter et faire des boutures. Quand les récoltes sont bonnes, on en donne beaucoup. Les citrons, eux, finissent souvent dans ma cuisine ! Avec le poisson, la viande, les gâteaux… Je cuisine encore beaucoup à la portugaise.
LE MAG | Après 56 ans dans les Mauges, vous sentez-vous davantage Portugais ou Théopolitains ?
A | Le Portugal reste le pays où nous sommes nés et nous y retournons régulièrement pour retrouver notre famille. Mais aujourd’hui, notre pays, c’est ici. C’est là, dans les Mauges.
M | Tout ce qui compte pour nous est ici : nos filles, nos petits-enfants, nos arrière-petits-enfants, notre maison, nos voisins… Bien sûr, certaines choses du Portugal nous manquent : les fêtes dans les villages, les danses… Mais notre vie, nous l’avons construite ici. Après toutes ces années, nous sommes chez nous à Villedieu-la-Blouère.